samedi 17 février 2018

Vous, migrants, je vous admire

Je n’admire pas grand monde. Chacun mène sa vie, avec plus ou moins de talents, de chances, d’opportunités saisies ou non. Certains en ont plus que d’autres et savent comment les exploiter. Je ne les admire pas pour autant. Par contre, aujourd’hui, s’il y a bien des êtres humains que j’admire, ce sont les migrants ! Ils n’ont rien pour eux, sauf leur soif de liberté et de dignité. Ils n’ont aucune chance de l’étancher. Mais ils la prennent, feignant d’ignorer qu’elle n’est qu’un risque.

Ils n’ont rien. Sauf l’amour de ceux qui les entourent. Mais qui peut vraiment vivre d’amour et d’eau fraîche ? Ils n’ont rien et ne peuvent s’en contenter. Qui se contenterait de rien ? Qui accepterait de n’avoir aucun avenir ? Dans leur cas, la plupart d’entre nous se limiteraient à rouspéter, à s’exprimer sur les réseaux sociaux quant à l’injustice des gouvernements divers, à prétexter de l’égoïsme ambiant pour dissimuler leur propre égoïsme… Tout simplement parce que, pour nous occidentaux bien emmitouflés dans nos pantoufles, la question ne se pose pas vraiment. Quelle question ? Celle de vivre, d’exister, d’espérer…

Les migrants ne se posent sans doute même pas cette question. Ils n’en ont pas le temps ni la possibilité. La réponse s’impose d’elle-même : rester là où ils sont ne les conduira qu'à ce qui est pire que la mort : ne pas exister tout en étant vivant ! Beaucoup font le même constat, même chez nous. Certains choisissent la résignation, de faire avec ce qu’ils ont. D’autres optent pour une solution extrême : disparaître purement et simplement. Les migrants font le choix de l’espoir désespéré ou du futur improbable. Ils partent. Ils risquent leur vie. Ils supportent des conditions de vie que personne ne supporterait, s’il n’y avait cet espoir.

Je n’aurais pas le courage d’en faire autant. Alors, j’admire. Et je me révolte : qui peut-on être pour s’opposer à ce choix désespéré d’un hypothétique monde meilleur ? Quels arguments – à part un égocentrisme fondamental – peut-on avancer à un être humain en quête simplement d’un espace de vie pour lui dire que celui-ci lui est interdit sous prétexte qu’il n’est pas né au bon endroit ? Quand bien même il nous est impossible d’accueillir toute la misère du monde, qu’est-ce qui nous autoriserait à fermer notre porte à celui qui a tout risqué, y compris sa vie et son honneur, pour faire partie – comme vous et moi – de ce qu’on appelle l’humanité ?

Ils n’ont que leur vie. Ils la risquent. À chaque instant. Ils la perdent parfois. Plus rarement, ils la gagnent… Enfin ! Alors que ce devrait être un droit fondamental pour chacun d’entre nous, indiscutable et lumineux !

Oui, vraiment, vous, migrants, je vous admire !

lundi 5 février 2018

Le temps d'un retraité

Ma journée a été bien active : balade, écriture, recherches, information… Vers 16h30, ma chère et tendre rentre de sa journée de travail. Nous discutons et elle me rappelle qu’elle repart ce soir pour un accueil de nouveaux parents. Je la remercie de me le rappeler et nous envisageons les choix possibles : soit nous mangeons « avec les poules », soit je mange tout seul à notre heure habituelle (19 heures), soit je l’attends et on mange… quand on mangera ! Je choisis la solution « avec les poules » et je lui donne rendez-vous à 18h30.

Nous vaquons alors chacun à nos activités et vers 18h10, je me dis qu’il est temps d’aller cuisiner ! Je fais tout cela du mieux que je peux et arrivé à l’heure fatidique, je suis fier de constater que tout est prêt et j’appelle ma belle !

C’est alors qu’elle me dit « Mais il est 17h30 ! ». Oups, je me suis donc trompé d’une heure ! Après un léger flottement, nous avons décidé de manger vraiment « avec les poules » ! C’était bien bon, mais ni l’un·e ni l’autre n’a juré qu’il·elle ne grignoterait pas quelque chose en cours de soirée !

En réalité, l’heure d’un repas est une notion relative. Tout comme le besoin de manger. La plupart du temps, on ne mange pas parce qu’on a vraiment faim, mais parce qu’on a envie de rompre le rythme de travail, parce qu’on désire se retrouver ensemble, parce que le plaisir du partage nous appelle… Pour faciliter l’organisation, beaucoup – c’est notre cas – mangent chaque jour plus ou moins à la même heure, pour les mêmes raisons : rompre le rythme de travail, se retrouver ensemble, vivre le plaisir du partage… L’important n’est finalement ni dans le repas ni dans son heure !

Au bout du compte, manger « avec les poules », cela laisse plein de temps après. De toute façon, on n’a jamais que le temps qu’on se donne !

mercredi 31 janvier 2018

Tournée minérale : -15%

Demain, l’opération « Tournée minérale » commence. À cet instant, 86 681 personnes se sont inscrites pour y participer : durant ce mois de février, elles ne devraient pas boire d’alcool. Aujourd’hui, la Fédération des distributeurs en boissons s’inquiète : l’année dernière, cette opération avait entraîné une baisse de 15% des ventes de boissons alcoolisées ! « C’est un scandale », aurait dit Georges Marchais ! Quoique !

L’organisation des distributeurs ne s’oppose pas à des « initiatives qui veulent améliorer la santé des citoyens » mais dénonce le fait que l’attention soit portée sur un seul élément concernant la santé en l’occurrence, l’alcool. Elle explique que les distributeurs « investissent dans leur entreprise et sont à nouveau confrontés à une action qui aura très vraisemblablement un impact négatif sur leur chiffre d’affaires ». « C’est un scandale », aurait dit Georges Marchais ! Quoique !

Le véritable scandale est que la Febed fasse passer le chiffre d’affaires de leurs entreprises avant la santé des citoyens ! Finalement, l’objectif des promoteurs de l’opération « Tournée minérale » est avant tout de favoriser la santé des citoyens. Qu’on le veuille ou non, l’alcool – malgré tous ses plaisirs – est un véritable fléau, source de nombreux cancers, mais aussi et surtout d’addictions et de dépendances physiques et psychiques pouvant conduire à de véritables désastres de vie. Sans compter l’impact que l’alcool peut avoir sur la sécurité routière. Combien de personnes sont, chaque année, tuées ou gravement blessées simplement parce qu’une autre personne – en toute innocence – a simplement un peu trop bu ?

Bien sûr, 15% en moins dans le chiffre d’affaires, ça risque de mener à des pertes d’emploi. Non pas parce qu’il n’y aurait plus d’argent pour payer les travailleurs, mais parce que les actionnaires n’aimeraient pas voir leur dividende diminuer !

Bien sûr, l’alcool fait partie des plaisirs de la vie. Je suis (très) bien placé pour le savoir.

N’empêche : le communiqué de la Febed est vraiment scandaleux. Ce ne sont pourtant malheureusement pas les scandales qui manquent pour le moment dans notre pays !

Ce 31 janvier pluvieux, je veux déclarer ma solidarité totale avec tous ceux et toutes celles qui pendant un mois tenteront – tant bien que mal – de faire passer leur santé avant celle des bénéfices des entreprises vendeuses d’alcool ! Belle tournée minérale !

lundi 1 janvier 2018

La force de l’eau

FMG©2018

Ce billet sera très court. Car au moment où je m’apprête à l’écrire, je me rends compte que j’ai déjà tout dit il y a trois ans, le 28 décembre 2014, dans un excellent billet « L’immuable changement ».

Le Zwin et son bras fluvial sont des lieux extraordinaires que je côtoie chaque année depuis plus de 20 ans. La nature – aidée par une décision unilatérale des Hollandais de fermer en 1950 le bras de mer alimentant le Zwin – avait fait ensuite son chemin dans un calme superbe et la beauté était sublime. Puis le sable s’est enlisé et le Zwin s’est ensablé. Alors, l’homme a décidé d’agir. De gigantesques travaux pour inverser le sens des choses.

Aujourd’hui, les travaux sont finis et l’eau circule à nouveau, avec l’espoir avoué de désensabler ces terres profondes. L’objectif sera-t-il atteint ? Je n’en sais rien. Je ne sais même pas s’il est possible de le savoir !

Le site a changé. La beauté n’est plus la même. Mais elle est toujours là. Lénifiante. Calmante. Majestueuse. Cette situation montre que même lorsqu’on change les choses, la beauté peut rester. Différente, mais semblable.

Il se fait qu’on change aussi d’année. Elle change, mais la beauté – la vôtre – restera !

mardi 26 décembre 2017

S.O.S. Bonheur… quel « bonheur » !

À la fin des années 1980, j’avais été subjugué par les trois tomes « S.O.S. Bonheur » de Griffo et Van Hamme. De petites fables dystopiques qui mettaient à nu les angoisses de nos sociétés. J’avais été particulièrement impressionné par l’épisode « Sécurité publique ». Joachim Robin-Dulieu est l'inventeur et le promoteur de la Carte universelle (CU), qui remplace tous les moyens de paiement et d'identification. Jusqu’au jour où sa propre carte n'est reconnue valable nulle part. Joachim Robin-Dulieu n'est tout simplement pas présent dans le Grand fichier central de la population, et il doit prouver son existence. Bref, il n’existe plus et finira là où ceux qui n’existent pas se doivent d’être : nulle part.

Trente ans plus tard, le concept et la série sont repris avec le même dessinateur, mais un nouveau scénariste tout aussi belge : Stephen Desberg. Le dessin de Griffo a fortement évolué, beaucoup plus réaliste, ce qui accentue justement le côté réaliste de la série. Ce n’est pas vraiment de la « politique-fiction ». C’est de la « politique-réalité » !

Et c’est atroce. Ou sublime. Comme on veut ! Comme on le sent. Les 10 petites histoires racontées sont d’un sinistre absolu. On est vraiment dans la merde. Et ça sent vraiment mauvais.

Desberg nous expose un monde régi par les penseurs d'extrême droite, un univers dominé par l'argent, par les valeurs morales réactionnaires, par la figure du mâle dominant ou encore par la préférence nationale. On est dans le quotidien le plus implacable. Mais ce n’est pas un futur qui risquerait un jour de devenir le nôtre : c’est clairement notre réalité, notre société, qui est mise en image et en abîme. Il suffit de suivre un peu les aventures politiques de Theo Francken pour s’en convaincre. Aujourd’hui, il suffit d’être totalement inhumain pour devenir intouchable.

Et c’est là que je m’émerveille. Cette BD est sinistre, ravageuse, destructrice. Mais peut-être, justement, pourrait-elle nous sauver ! En réalité, par sa noirceur totale, « S.O.S. Bonheur – Saison 2 » est une véritable lumière. Il suffit de la percevoir, de lui donner sens, de la saisir,  d'y croire. C’est possible, j’y crois ! Du moins, je veux y croire…

lundi 18 décembre 2017

Test-crachats !

Maintenant que mon différend avec Test-Achats est terminé, je peux en parler librement. J’avoue avoir eu peur d’en parler avant tant j’ai découvert que les pratiques de cet organisme de défense des consommateurs ne vont pas toujours dans le sens de ceux-ci une fois qu’il s’agit de leurs propres pratiques commerciales.

Ce n’est pas une histoire extraordinaire en soi, mais si elle me reste sur la gorge, c’est exclusivement parce qu’elle témoigne d’un manque de respect du client que Test-Achats serait par ailleurs le premier à dénoncer lorsque d’autres sont concernés.

Les faits :
  • Je suis abonné depuis très longtemps à Test-Achats et Budget & Droits. Globalement, je trouve leur démarche intéressante, même si j’ai toujours eu quelques doutes quant à certaines méthodes utilisées. Mais il faut sans doute ce qu’il faut.
  • Néanmoins, le 12 septembre, je les informe que je souhaite supprimer, sans délai, mes abonnements.
  • Le 25 septembre, soit après 13 jours de silence, je suis contacté par téléphone par le Service Abonnements. Plutôt que d’acter mon renoncement, mon interlocuteur me propose de bénéficier de nouvelles conditions. Je réponds que je ne suis pas intéressé. Je reçois cependant le même jour un courriel me disant « Faisant suite à notre entretien téléphonique de ce jour je réduis votre abonnement de 30% pendant une année… ». Je réponds immédiatement en confirmant ma demande de désabonnement de toutes les revues.
  • Le même jour, je reçois le message suivant « Je vous confirme la suppression de votre abonnement à la plus proche échéance, soit à partir du 1er Novembre 2017. Nos listes d'adressage étant prévues à l'avance, il est possible que nos revues vous parviennent encore durant deux mois après la suppression.  Nos envois supplémentaires restent bien sûr gratuitement à votre disposition ». Correct, même si on peut douter du professionnalisme d’un organisme qui ne parvient pas à supprimer des envois mensuels endéans deux mois.
  • Ayant quelques doutes quand même, je me dis qu’il vaut mieux suspendre ma domiciliation bancaire. Je dis bien « suspendre ». Je sais bien qu’en réalité, seul le bénéficiaire d’une domiciliation peut la supprimer. Je vais donc sur le site internet de mon compte bancaire… et je ne vois pas la dite domiciliation. Je m’en étonne, mais je me dis que Test-Achats l’a supprimée et je m’en réjouis. En réalité, elle était simplement reprise sur la deuxième page de la liste de mes domiciliations, mais comme je n’utilise pas celle-ci tous les jours, ni même tous les ans, je n’ai pas pensé au fait qu’il pouvait y avoir une deuxième page…
  • Vous me voyez venir avec mes gros sabots : le 6 novembre 2017, mon compte bancaire est débité du montant de l’abonnement, alors même celui-ci a été résilié depuis le 12 septembre.
  • J’écris immédiatement à mon interlocuteur du Service des abonnements, en demandant le remboursement immédiat. Celui-ci me téléphone assez rapidement, reconnaissant l’erreur, mais me dit qu’il ne peut rien faire, ou pas grand chose, pour le remboursement. C’est à moi de m’en occuper auprès de ma banque… qui me répond assez logiquement qu’elle ne sait rien faire !
  • S’en suit des temps de silence, surtout. J’utilise même la procédure de plainte mise en place par Test-Achats pour réclamer auprès de toutes les entreprises possibles et imaginables, sauf que cette fois, je me plains contre Test-Achats. Sans réaction.
  • Le 21 novembre, un employé de TA m’écrit faire « le nécessaire pour effectuer le remboursement dans les plus brefs délais, c'est-à-dire endéans les 15 jours ». Le 28 novembre, une autre employée de TA me « confirme la suppression de votre abonnement à partir du 01/12/2017 ». Le même jour, un troisième employé de TA m’ « informe que le remboursement a bien été versé sur votre compte bancaire le 24/11/2017 ». Ne voyant rien, TA me confirme le 6 décembre que le remboursement «  vous parviendra en début de semaine prochaine ».
  • Et puis, ce 18 décembre, plus de trois mois après ma résiliation et alors que je n’y croyais plus vraiment, le remboursement est enfin arrivé sur mon compte.
C’est une histoire sans importance qui ne concerne que quelques euros. N’empêche. Si je n’en avais pas assuré un suivi de proximité (ce que peu de personnes peuvent se permettre), je ne suis pas sûr que je les aurais jamais revus. Ce n’aurait pas été dramatique, mais bien inacceptable.  Test-Achats est soi-disant un organisme qui défend les consommateurs. Mais il s’empresse de rouler ceux-ci dans la farine dès qu’il s’agit de défendre ses propres intérêts plutôt que les leurs ! Inacceptable, je le répète !

dimanche 3 décembre 2017

D’une semaine de travail à deux nuits en prison

Ainsi donc, un professeur d’université marocain invité pour une semaine de travail par l’Université libre de Bruxelles s’est retrouvé emprisonné au Centre fermé 127bis de Steenokkerzeel. Je passe les détails que vous trouverez dans vos médias préférés. Simplement, cela aurait pu m’arriver des centaines de fois. Mais cela ne m’est jamais arrivé. Ça n’arrive en fait qu’en Belgique. Celle de MM. Francken et Michel.

J’ai parcouru le monde entier pour aller « travailler » avec simplement un « visa touristique ». Mes missions duraient en moyenne une semaine et il n’y avait donc aucune raison de déposer une demande pour un visa professionnel. Ça se passe comme ça dans tous les pays du monde, des centaines de fois par jour (voire, des milliers…).

Pour tout dire, j’avais quand même compris qu’il valait mieux respecter certaines « règles » pour se faciliter la vie. Par exemple, vivant en Flandres tout au long de ma carrière professionnelle, j’étais né à « Ukkel » alors que l’évidence était pour moi d’être né à « Uccle ». J’ai vite compris que la concordance entre mon passeport et le bout de papier que je remplissais avant d’entrer dans un pays était préférable au respect de mon évidence linguistique ! J’avais aussi compris qu’il ne servait à rien de m’escrimer à dire quel était mon vrai métier « Consultant en éducation et en formation », ce qui semblait du chinois même au Vietnam… Bien plus simple d’écrire que j’étais « Enseignant » alors que je ne l’étais plus. Ça m’évitait d’être confronté à la bêtise d’un contrôleur quelconque.

Le professeur Hakkou en a rencontré un ! Pas de chance pour lui. Il s’est retrouvé deux nuits en « prison ». Le contrôleur en question n’a rien compris à la situation, tout simplement parce que personne ne lui a jamais demandé de comprendre. Juste d’appliquer des règles, aussi stupides soient-elles.

Ce qui est à nouveau grave dans cette affaire, c’est la réaction de notre secrétaire d’État, M. Theo Francken. Dans un premier temps, il a juré que la Police des Frontières n’avait fait que ce qu’elle devait, qu’il n’y avait « aucune erreur ». Par la suite, je l’ai vu moins sûr de lui. Son discours devenait « Mais où est l’erreur ? », voulant ainsi déporter le poids de l’erreur qu’il commençait à reconnaître.

Une fois de plus, cet incident ne changera strictement rien. M. Francken continuera à mener sa politique d’exclusion et d’enfermement, avec la bénédiction du Premier ministre, M. Charles Michel, pourtant diplômé de l’Université libre de Bruxelles. Il est pour lui plus important d’obéir aux sbires de la N-VA que de respecter ses propres pensées libérales.

N’empêche, n’est-on pas tombé bien bas ? Tout en sachant que M. Hakkou, professeur d’université, vice-président de l’Université Mohamed Premier, située à Oujda, avait quand même un avantage de poids par rapport au commun des mortels…

mercredi 29 novembre 2017

Plateforme citoyenne

Depuis quelques semaines, des citoyens et citoyennes s’organisent pour héberger le temps d’une ou de plusieurs nuit(s) des exilés réunis au Parc Maximilien, à Bruxelles. Là où les responsables politiques sont incapables d’apporter une réponse concrète et humaine à ces jeunes en recherche d’un monde meilleur, la Plateforme citoyenne permet de leur apporter un peu de chaleur, un peu de douceur et surtout beaucoup d’humanité.

Disons-le tout de suite : pour diverses raisons personnelles, je ne participe pas pour le moment à cet accueil. Je ne m’en sens pas culpabilisé. Néanmoins, je soutiens pleinement ce mouvement citoyen et je fais partie des 21 297 membres de la Plateforme sur Facebook, principal outil de gestion et de partage.

Le principe est simple : chacun peut signaler qu’il peut inviter un ou plusieurs hébergés. Soit l’hôte va le(s) chercher au Parc Maximilien, soit d’autres personnes agissent comme chauffeurs. Ensuite, c’est de l’ordre de la rencontre individuelle sans d’autres exigences que le respect de l’autre et la richesse de l’accueil. Le lendemain, l’hébergé retourne vivre sa vie d’exilé. Parfois, des accueils se font à plus long terme, sans jamais aucune obligation.

À lire les témoignages, il se passe dans ces accueils des moments extraordinaires, tant pour les hébergés que pour les hébergeurs, et – au-delà – dans les contacts entre les citoyens qui se découvrent solidaires dans le partage et la découverte.

Depuis que cette plateforme citoyenne agit, il n’y a pas plus d’exilés qui arrivent au Parc Maximilien. Pas d’appel d’air, comme le prétendrait M. Francken, Secrétaire d'État belge à l'Asile et à la Migration chargé de la Simplification administrative, dont le seul objectif est de limiter de manière drastique l’asile et la migration (et de préparer sa réélection comme député). C’est en réalité lui, et les autres responsables politiques, qui devraient mettre en place un processus d’accueil, certes strict mais humain. On peut le regretter, mais j’ai plus envie de me réjouir de l’action, tant individuelle que collective, de ces citoyens qui simplement mettent en pratique la seule valeur universelle : la fraternité !

Dans les nombreux témoignages publiés, tout n’est pas toujours rose. Bien sûr, il y a parfois des difficultés. Mais l’expression qui revient le plus souvent – telle un constat – est « un autre monde, meilleur, est donc possible » !

lundi 20 novembre 2017

Défi noir et blanc


C’est par cette photo que j’ai été invité par ma sœur préférée à participer au « Défi noir et blanc ». Seven days. Seven B&W photos of your life. No people. No pets. No explanation. Challenge someone every day. Today I challenge FMG. Elle avait bien choisi la photo : depuis 1958, j’ai toujours prétendu être le concepteur génial de l’Atomium.  Je me suis donc laissé inviter et j’ai relevé le défi.

J’ai commencé par le traduire : Sept jours. Sept photos noir et blanc de votre vie. Pas de personnes. Pas d'animaux. Aucune explication. Défier quelqu'un tous les jours, avec toute liberté. Aujourd'hui, j'invite ##. Les plus subtils auront constaté que le « défi (challenge) » s’est transformé en « invitation avec toute liberté ». Comme beaucoup, je déteste ces chaînes où l’on vous défie de publier un message sous peine de ne plus être amis ou encore de menacer la Terre entière des pires maux pour des mots non partagés. J’étais séduit par l’idée de partager des photos en noir et blanc, témoins de ma vie, sans personnes ni explication. Mais je ne me sentais aucune envie de défier qui que ce soit à en faire de même. J’ai donc « invité avec toute liberté » quelques amis. Merci à ceux qui ont accepté l’invitation, mais aussi aux autres qui m’ont remercié tout en m’expliquant leurs difficultés d’y répondre.

J’ai donc publié sept photos. Sans explication. Je voudrais les reprendre ici, avec un peu d’explication cette fois. Je précise d’abord que je suis l’auteur de toutes ces photos (©FMG). Ce n’était pas demandé. Mais, pour moi qui aime photographier la lumière, cela me semblait aller de soi.

Jour 1
Gratte, 1974. Il y a des personnages, mais ce sont les pierres qui m’importent. Ce village d’Ardèche m’a permis de me construire. J’y ai fait des séjours chaque année de 1969 à 1983. Pour rénover les pierres, mais aussi partager avec les gens, dont des handicapés mentaux adultes. J’ai tout découvert à Gratte. Aussi, j’ai invité celle qui, ces dix dernières années, a énormément contribué à ma construction de senior épanoui.

Jour 2
Du carabouya ! Un peu ma madeleine de Proust. Souvenirs d’une enfance heureuse, avec un attachement indéfectible à la ville de Namur, annonciateurs de mes nombreux séjours professionnels en Afrique. J’ai invité un ami qui court derrière ses rêves tout en les réalisant.

Jour 3
La Tour du Millénaire, à Louette-St-Pierre, près de Bouillon. Une véritable prouesse architecturale. Souvenir d’une prouesse personnelle de celle que j’aime, lors d’un de ces moments familiaux qui permettent de toujours se construire et se projeter. Invitation naturelle pour mon architecte préférée.

Jour 4

Randonnée en Brabant flamand alors que nous étions enfin en Brabant wallon. J’y ai appris les plaisirs de la balade tout en continuant à lui préférer ceux des ballades. Tout naturellement, j’ai invité une amie canadienne – jamais rencontrée ! – qui sait ce que photographier la nature veut dire ! In piena libertà.

Jour 5
Un instant figé mais ô combien libérateur, à Durbuy, où les nuages sont en bas et où la platitude crée le relief. Évidence d’inviter un ami de rhétorique – quoique ! – seul à même de décider s’il faut écrire nénuphar ou nénufar

Jour 6
Elle est là, dans notre jardin. Désuète. Obsolète. Sublime. La fleur est venue toute seule pour l’embrasser et m’embraser. Belle occasion d’inviter un ami qui va et vient dans ma vie, sans trop savoir s’il doit se poser ou se pauser. Qu’importe d’ailleurs. Seule la fleur importe.

Jour 7
Symbole de notre nouvelle vie. Dans la lumière et l’ombre. Tournée vers l’essentiel, en pleine nudité et simplicité. Les mains ouvertes pour créer. Invitation à toute personne qui veut aussi profiter de la vie !

Comme il serait vain de se priver des plaisirs de la vie, j’ai publié – juste pour le plaisir des yeux, et aussi pour ne pas faire comme tout le monde – un huitième jour.
Je me baladais. Le soleil était lumineux. Soudain, cette vue me fut offerte. Elle était encore bien plus belle en vrai que sur la photo. Elle s’imposait. Elle représentait tout ce qu’est ma vie aujourd’hui. Un jour, peut-être, je vous expliquerai pourquoi et comment. Aujourd’hui, seul le plaisir compte… Et je me dis que ce périple noir et blanc m’a vraiment permis de revoir toutes les merveilleuses couleurs de ma vie.


jeudi 19 octobre 2017

Moi aussi… j'ai peur d'être homme

Moi aussi. Me too. Un soir, je suis allé au lit avec mon amie. Je l’aimais bien, mais pour plusieurs raisons complexes, depuis le début de notre relation, je n’avais pas envie de faire l’amour avec elle. Elle le voulait. C’est normal. Ce soir-là, elle ne m’a pas laissé le choix. Elle s’est littéralement empalée. Je n’ai rien pu faire. Je me suis senti violé. Je ne dis pas que j’ai été violé. Je l’ai vécu comme tel et je suis marqué à vie, mais je sais que ce n’est rien par rapport à ce que peut endurer une femme.

Les femmes doivent en plus assumer la banalisation du harcèlement viril. La plupart des harceleurs, des condescendants et même des violeurs ne se rendent pas vraiment compte de ce qu’ils font. Pour eux, c’est « normal » et « naturel » de mettre la main aux fesses, de lancer une boutade salace, de prendre possession de ce corps désirable et perçu ouvert. La question du consentement ne se pose même pas : la femme n’est – pour eux – qu’un objet qui ne peut qu’être soumis à leur force, leur pouvoir, leur désir. La société, globalement, ne les contredit pas. Elle se comporte aussi trop souvent comme si c’était normal, comme si cela allait de soi.

Ce qui se passe mondialement pour le moment est important. Je ne suis pas sûr que cela changera fondamentalement les choses. Mais au moins, une parole se sera libérée. Les hommes ne peuvent plus ignorer l’ampleur du phénomène, tant en ce qui concerne l’étendue des femmes blessées qu’au niveau de la douleur que l’arrogance masculine engendre chez elles.

J’ai peur d’être homme. Fondamentalement, je ne me crois pas capable de la moindre parole ni du moindre geste offensants. N’empêche, comme mon ami Robert l’a très bien chanté en 1978, j’ai peur d’être homme.

J'ai peur d'être homme (Robert©1978)


femme pillée,
violée, souillée
femme je pleure
ma mère ma sœur
ma fille - son âme
son corps - ma femme
perdus en toi
quand aux abois
tu fus ouverte
et recouverte
contre ton gré
contraint, forcée
j’ai peur d’être homme
en sachant comme
un autre moi
usa de toi

car nul n’est île
en soi-même, il
est frère tu sais
si frère de laid
s’il rit encore
la honte mord
mes cœur esprit
ô je t’en prie
toi fracturée
toi déchirée
si tu le peux
pardonne un peu
c’est pour chacun
qu’il fit soudain
- jouant de toi -
sonner le glas

le glas des gens
si bien pensants
qu’ils ne voient que
ce qui est eux
ceux qui « prison »
« ségrégation »
« chambre à louer
sauf étranger »
je ne voudrais
pas juger mais
si fait horreur
le violeur
au nom des femmes
que l’on condamne
à ses côtés
la société

bonnes consciences
avez-vous chance
après chanté
d’aller en paix
vous n’êtes pas
de ces gens-là
mais le voisin
peut-être bien
quant à moi-même
femmes que j’aime
violées ou non
je garde mon
sexe coupable
d’être capable
par un baiser
d’assassiner

lundi 16 octobre 2017

Violence à deux vitesses

« La violence n’est jamais une réponse. Nous condamnons toute forme de violence et réaffirmons notre appel au dialogue politique ». C’est en ces termes que Charles Michel, 1er ministre belge, s’est exprimé le 1er octobre pour condamner les violences policières en Catalogne. En Belgique, ce 15 octobre, les policiers ont appréhendé – non sans une certaine violence – une quarantaine de migrants au Parc Maximilien. Charles Michel n’a pas (encore ?) condamné cette violence !

Il en est même responsable. Bien sûr, le responsable politique de cette rafle est Philippe Close, le bourgmestre de Bruxelles. Encore un de ces socialistes qui ont oublié que l’essence même du socialisme est la solidarité ! Charles Michel, au moins, n’est pas socialiste. Il est libéral. Au nom de la liberté, le libéralisme défend le chacun pour soi, surtout chacun pour les riches. Associé aux nationalistes flamands de la N-VA, Charles Michel se fait l’apôtre de la défense de nos privilèges belges et lutte donc contre cette migration soi-disant invasive.

Je ne pense pas qu’il faille ouvrir nos frontières et accueillir toutes les personnes qui fuient leur pays pour toutes sortes de raisons qui se résument toutes à celle-ci : leur vie est devenue insupportable. Alors, elles cherchent ailleurs, la plupart du temps au péril de leur vie. Elles savent bien que ce ne sera pas une sinécure. Mais c’est leur seul espoir. Même avec la meilleure volonté du monde, ni la Belgique ni même l’Europe ne pourraient toutes les accueillir. Il y a cependant place pour pas mal de ces migrants. Mais la question n’est pas là aujourd’hui.

Qu’on le veuille ou non, des migrants arrivent chaque jour en Belgique. De manière « illégale » pour la plupart d’entre eux. Beaucoup espèrent atteindre l’eldorado britannique et ne cherchent donc pas à légaliser leur présence sur le sol belge. Ils se retrouvent alors au Parc Maximilien, juste de passage. Soutenu par le gouvernement fédéral, Théo Franken, secrétaire d'État à l'Asile et aux Migrations, a décidé que ce n’était pas possible. Le système des rafles policières a donc été mis en place.

Pour éviter celles-ci et surtout pour être solidaires avec ces êtres humains que sont les migrants, des bénévoles belges ont mis en place un accueil de nuit. Ils pallient ainsi l’incurie des responsables politiques qui refusent de mettre en place un hébergement. Alors, des gens comme vous et moi accueillent chaque soir des migrants, pour une ou plusieurs nuits. Ces derniers se retrouvent ensuite au Parc Maximilien et sont ensuite à nouveau accueillis, pour une ou plusieurs nuits. Ce système d’accueil, basé sur l’initiative privée, fonctionne : il n’y a plus de migrants qui traînent la nuit au Parc Maximilien.

Hier, les bénévoles étaient en train d’arriver pour prendre en charge « leurs » migrants. Mais, c’est une autre (prise en) charge qui a eu lieu : les policiers ont débarqué et embarqué une quarantaine de migrants. Non sans violence. Ni sans menaces vis-à-vis des citoyens belges.

C’est inacceptable. En tant que citoyen belge, je clame clairement « Pas en mon nom » ! Ces agissements témoignent d’une absence totale de politique migratoire. Il n’y a aucune gestion de la migration. Juste une répression gratuite et aveugle. Tout ça avec la bénédiction de tous les partis traditionnels. Avec même le relatif silence complice d’Écolo. Bien sûr, il y a là un calcul électoral : lutter contre les migrants se révèle malheureusement gagnant. C’est justement là qu’on est en droit d’attendre de nos responsables politiques un sursaut de conscience. Il ne viendra pas. Seule la violence viendra, prenant – ici comme ailleurs – la place du dialogue politique et de la responsabilité collective.

vendredi 22 septembre 2017

Chansons oubliées : Clémentine, par le Grand Jojo (1982)


C’était ma première mission en Afrique. En 1992, il y a 25 ans, je me retrouvais en Tunisie, pour une expertise au service du Ministère de la Formation Professionnelle et de l'Emploi, quant à la restructuration des centres de formation professionnelle et à la mise en place d’un système d’aide aux PME, sous un financement de la coopération belge. En réalité, je ne connaissais rien à la formation professionnelle. Je ne savais même pas ce qu’était une PME ! Mais voilà, être expert, ce n’est pas savoir. C’est surtout pouvoir analyser et le faire très rapidement.

Toujours est-il qu’un soir d’octobre 1992, j’avais été invité chez mon « commanditaire » dont j’ai oublié le nom, mais pas la douceur de la soirée. J’étais ébloui : nous étions fin octobre et nous dégustions un excellent repas sur la terrasse de son appartement, sous une température des plus clémentes ! C’est le mot d’ailleurs. De « clémente » à « Clémentine », il n’y a qu’« in » !

Au moment du dessert, nous l’étions tout à fait. « In ». Je ne sais plus trop comment ni pourquoi, mais – en bons belges – nous en sommes venu à parler du Grand Jojo. C’était un chanteur « has been ». Un individu qui, s'il fut célèbre à un moment donné, est passé de mode et n'est plus au goût du jour.  Bref, une ancienne gloire, dorénavant méconnue. Je promis à mon hôte – le vin tunisien a des saveurs particulières – de retrouver quelques chansons éternelles de ce chanteur dont plus personne n’avait connaissance. Je tins ma promesse, et j’envoyai quelques temps plus tard une cassette des meilleures chansons de cet artiste oublié, mais ô combien sublime ! J’ai toujours ignoré si cette cassette était arrivée en Tunisie, mais qu’importe. Elle m’avait permis de redécouvrir le Grand Jojo.

Redevenu complètement anonyme en 1992, cet artiste est en 2017 une valeur sûre du paysage artistique belge. Il a 81 ans désormais, mais il parvient encore et toujours à enflammer des soirées de Fête nationale ou autres ! Quelque part, il est le symbole de la « zwanze » bruxelloise. La créativité belge est loin de se réduire à celle-ci. Mais sans elle, nous ne serions pas tout à fait belges. Et donc, sans le Grand Jojo, la Belgique ne serait pas pleinement ce qu’elle est…

En 1982, notre artiste nous a proposé une chanson d’amour « Clémentine ». C’est elle que j’ai choisie pour rendre hommage à ce grand homme. Sans doute parce qu'elle me ramène aux voyages en ces contrées lointaines. Et aussi, surtout, parce qu’elle se termine là où tout commence, sans qu’on sache vraiment où cela nous mène !

Clémentine


Elle aimait bien les p'tits bals musette
Les p'tits gâteaux et l'accordéon
Au thé dansant, le dimanche chez Lisette
Elle se mettait à la table du fond
Elle regardait l'accordéoniste
Tout en mangeant de la pâtisserie
Elle se mouchait, reniflait, c'était triste
Elle était seule et faisait tapisserie

Elle n'avait pas les yeux en face des trous
Clémentine
Elle était bête et laide comme un pou
Clémentine
Et jamais personne lui donnait rendez-vous
Clémentine
Quand elle pleurait, ça coulait de partout
Clémentine

Toutes les nuits elle rêvait, c'était chouette
Christian Vidal lui tenait la main
Et Claude François l'engageait comme Clodette
Jacques Dutronc était son Arsène Lupin
Le beau Johnny lui criait "Je t'aime !"
Mais ce n'était qu'un rêve sans espoir
Le matin, elle pleurait comme une Madeleine
Quand elle se regardait dans le miroir

Mais un jour elle vit une petite annonce
"Monsieur sérieux cherche une très jeune fille
Je suis rentier et je m'appelle Alphonse
Je fais des voyages en Amazonie"
Et c'est comme ça qu'un beau jour Clémentine
S'est embarquée sans jamais se douter
Qu'elle s' retrouverait derrière une vitrine
D'un strip-tease bar au pays des pygmées

dimanche 10 septembre 2017

Plus loin, plus beau

Ce 10 septembre 2017, Raphy Rafaël inaugurait son nouveau spectacle « Plus loin, plus beau », du même nom que son nouveau CD tout frais tout beau ! Ce sont deux pépites, à tout niveau, qui ne demandent qu’à être transformées en joyaux.

Certains me diront que je suis mal placé pour en parler objectivement. C’est vrai. Raphy est un ami, de longue date. Nous avions une quinzaine d’années lorsque nous avons chacun écrit nos premières chansons. Notre premier auditeur était l’autre ! Nous étions déjà, tous les deux, enthousiastes et critiques. C’est sur cette base que se sont construites notre amitié et notre complicité artistique. Raphy est devenu professionnel, moi juste amateur, éclairé j’espère, mais notre exigence artistique est restée commune et plurielle.

Raphy sort donc un nouvel album, le premier depuis 2009. Attendre 8 ans en valait la peine. Raphy a construit sa carrière à partir du « jeune public ». Il s’adresse à celui-ci, c’est évident. Mais pour moi, il chante surtout pour un « tout public ». Peu importe l’âge. Seule la sensibilité compte. C’est là que se trouve le vrai Raphy : dans la fragilité des mots, dans l’émotion de la voix limpide et de l’énergie instrumentale, dans l’universalité des mots partagés…

Près de 50 ans plus tard, je vibre encore ! C’est ce trouble qui me pousse à vous partager une chanson parmi celles de son nouvel opus. C’est une chanson de mecs. Des émotions de mecs. Celles qui vous éblouissent et vous remuent fondamentalement, là où c’est bon de le sentir ! Que voulez-vous ?

Écoutez cette chanson. Laissez venir l’émerveillement, l’éblouissement. Sentez cette vibration musicale qui vous envahit dans le moindre de vos pores. Que voulez-vous ? C’est merveilleux !

Que voulez-vous ?

 

Que voulez-vous
Quand je l’ai vu marcher
Que voulez-vous
Mon cœur s’est envolé
Que voulez, que voulez-vous

Que voulez-vous
Quand elle s’est retournée
Que voulez-vous
Ses yeux m’ont caressé
Que voulez, que voulez-vous
 
Que voulez-vous 
Quand elle s’est approchée 
Que voulez-vous 
Mes pas ont hésité 
Que voulez, que voulez-vous 

Que voulez-vous 
Quand mes lèvres ont tremblé 
Que voulez-vous 
Elle m’a embrassé 
Que voulez, que voulez-vous 

Que voulez-vous 
Mais que s’est-il passé 
Que voulez-vous 
On ne s’est plus quittés…

vendredi 11 août 2017

Laurent, prince maudit ou maudit prince ?

Disons-le d’emblée : le « sujet » de ce billet n’a aucune espèce d’importance. Il serait beaucoup plus pertinent de parler des tensions nord-coréennes vs nord-américaines, des œufs qui nous pourrissent la vie, du terrorisme qui entraîne des mesures tueuses de liberté et de démocratie, de la négation de plus en plus forte des droits de ceux qui n’ont pas eu la chance de bénéficier d’un travail décent et stable… ou encore des risques illusoires pris par tous ces migrants à la recherche d’une vie de qualité minimale ou enfin de la famine insupportable en Soudan du Sud, en Somalie, au Nigéria, au Yémen… Mais bon, voilà, parfois, il faut aussi pouvoir aborder des sujets légers (quoique, dans ce cas, je serais curieux de connaître son poids).

Notre Laurent de Belgique s’est donc fait remarquer, une fois de plus. Et le moins qu’on puisse dire est qu’il déchaîne les passions ! C’est pour ou contre ! Est-il un prince maudit, auquel les autorités chercheraient noise, à tort et déraison ? Ou est-il un maudit prince, qui ne cherche qu’à s’attirer les foudres officielles en multipliant les provocations et autres jérémiades ? Sans doute un peu des deux : la vérité est rarement noire ou blanche, elle s’épanouit le plus souvent dans les tons gris, ceux sur lesquels on a le moins de prise.

Un des éléments qui revient souvent dans les commentaires qui s’enchaînent et se déchaînent est une comparaison avec son frère aîné. Celui-ci serait d’une nullité sans nom et féodée au gouvernement fédéral inique par définition, alors que le rebelle Laurent, lui au moins, aurait une existence propre, vertueuse de par sa proximité au peuple et – surtout – sa défense des animaux ! Les comparaisons de quotient intellectuel abondent, toutes sans aucun fondement scientifique ! Une analyse des réalités royales et princières, montre qu’en réalité, Philippe, 7e roi des Belges, a simplement bien intégré les règles liées à son statut et se contente de faire ce que ses conseillers en communication – et/ou le gouvernement – lui  disent de faire. Il est payé pour ça, et il fait le job ! Laurent, lui, n’a pas de job véritable. Il n’existe pas vraiment et n’a jamais vraiment eu un véritable statut. Alors, il essaie – tant bien que mal – d’exister ! Comme il estime ne pas avoir les moyens de se payer un conseiller en communication, il fait ce que bon lui semble. Bref, il n’en fait qu’à sa tête. Comme celle-ci n’est pas un cadeau, il symbolise bien ce qu’on appelle des « frasques ».

Comme il est quand même Prince de Belgique – maudit ou maudit –, notre pays a prévu un système pour subvenir à ses besoins : une dotation. Pour le moment, il a droit à 308 000 EUR par an, répartis en 88 000 EUR de salaire en tant que fonctionnaire (montant soumis à l'impôt des personnes physiques) et 220 000 EUR pour couvrir ses frais de fonctionnement et personnel. Cette dotation – qui en soi ne me dérange aucunement – est financée par l’État belge, c’est-à-dire par les contribuables. Ils sont 6 700 000 en Belgique, ce qui veut dire qu’en moyenne, chaque contribuable paie un peu moins de 5 centimes par an pour financer notre bon prince ! J’ajoute que cette « dotation » n’a rien à voir avec la « donation » royale. Celle-ci est liée au fait que lorsqu’il est devenu le 1er Roi des Belges, en 1830, Léopold 1er a cédé à la Belgique certains biens immobiliers avec charge pour la Belgique de les gérer au mieux. La « donation royale » ne fait donc que gérer des biens immobiliers et ne contribue en rien à financer les différentes dotations.

La question principale me semble être liée à la dotation. On lit souvent que Laurent n’a pas demandé à être Prince ! C’est vrai et personnellement, je préfère ne pas l’être, même si on me proposait en échange cette foutue dotation. Prince de Belgique, il le restera, qu’il le veuille ou non. Il ne peut pas se révoquer. C’est bien dommage – tant pour lui que pour nous –, mais c’est comme ça ! Par contre, le principe de la dotation permet d’entrevoir une solution aux difficultés actuelles !

En échange de cette dotation, les membres de la famille royale qui en bénéficient (Philippe, le roi, puis Astrid et Laurent) ont certaines obligations ou contraintes. Notamment, ils ne peuvent pas avoir de contacts avec des responsables étrangers sans en avoir préalablement reçu l’autorisation du Ministre des Affaires étrangères. C’est normal : la Belgique est une monarchie constitutionnelle fédérale à régime parlementaire. Cela signifie que la responsabilité finale est toujours du ressort du Parlement fédéral. Celui-ci accorde – pour les fonctions exécutives – sa confiance au gouvernement fédéral qui assume donc la responsabilité de tout ce qui concerne l’État. Le Roi ne peut jamais rien faire sans l’aval du gouvernement. Il en est de même pour les autres membres de la famille royale. Bref, Laurent reçoit une « petite » dotation et en échange, il est soumis à certaines règles, dont informer le gouvernement de ses contacts internationaux. Il ne l’a pas fait : que ce soit avec des Chinois n’a aucune espèce d’importance. Simplement, il n’a pas respecté les règles minimales auxquelles il est soumis. Il est donc normal qu’il soit sanctionné.

Il pourrait ne pas l’être. Il suffirait pour cela qu’il renonce à sa dotation. Cela, il peut le faire. Plus de dotation, donc plus d’obligations (quoique) ! Il pourrait alors rencontrer qui il veut, pavoiser là où il le souhaite (mais sans doute pas en uniforme), déclarer tout ce qui paraît bon à son cerveau de première classe, etc. Il pourrait même se présenter (quoique) aux élections et – on peut rêver – devenir premier ministre et « diriger » de la sorte son frère aîné. Si j’étais Laurent, c’est ce que je ferais. Non pas me présenter à des élections et tout ce qui s’en suit, mais renoncer à ma dotation. C’est un peu ce que j’ai fait lorsque j’ai annoncé à mes parents que j’abandonnais mes études universitaires après 4 années pour me lancer dans ce que j’avais vraiment envie de faire : pendant mes nouvelles études, ils ne m’ont plus refilé que les allocations familiales qu’ils percevaient. Pour le reste, je me suis débrouillé. Ce ne fut pas facile, mais j’étais cohérent avec moi-même.

Laurent ferait bien d’en faire autant. C’est mon avis et je le partage. Sans aucune illusion, ni sur l’éventuelle concrétisation d’une telle piste, ni sur l’intérêt ou la pertinence de mon partage : ce serait donner beaucoup trop d’importance à un « sujet » qui n’en a aucune !

vendredi 4 août 2017

Migrant ou pas, on reste un être humain

Je suis outré. Révolté. Dégoûté. Ce vendredi matin, une vingtaine de migrants dormant dans le parc Maximilien ont été emmenés par la police. Mais ce n’est pas tout : lisez la suite !

Le parc Maximilien se trouve près de l’Office des étrangers. Il a souvent été occupé par de nombreux migrants depuis « leur crise ». Ils ont toujours fini par être éjectés. Dans ces deux dernières phrases, il y a déjà plusieurs raisons de se révolter : pourquoi parler de « crise des migrants » ? Pourquoi ceux-ci n’ont-ils d’autres solutions que de se retrouver dans un parc pour y faire du camping sauvage ? L’Office des étrangers ne peut-il pas proposer d’autres solutions pour accueillir ces êtres humains en quête d’un monde meilleur ? Pourquoi la seule solution trouvée par notre Belgique florissante est-elle d’éjecter ?

Depuis quelques temps, les tentes sont revenues dans le parc. Ainsi que leurs occupants. La police passe toujours par là, pour « vérifier »… Depuis quelques jours, plusieurs migrants ont signalé que ces contrôles débouchaient sur des bizarreries. Leurs sacs étaient aussi « contrôlés » et il semble qu’après ce « contrôle policier », leurs seuls trésors avaient disparu : GSM, argent…

Comme par hasard, en fin de cette nuit, tous les occupants du parc ont été éjectés, sans ménagement. La porte-parole de la zone de police de Bruxelles-Ixelles, Ilse Van de Keere, a beau déclarer que ce type d’action est « planifié à l’avance » (sic), on peut quand même se poser des questions. (Ce que n’a d’ailleurs pas manqué de faire la RTBF dans le premier sujet du JT de ce soir. Merci à elle.)

Mais ce n’est pas tout. Lors de l’évacuation, les sacs des migrants ont été saisis pour disparaître au bout du compte ! On les a retrouvés : dans une décharge, avec toutes les poubelles ! Et – comme par hasard – tout ce qui était précieux avait disparu des sacs. À nouveau.

Comment ne pas être outré, révolté, dégoûté ? Non seulement la Belgique est incapable d’apporter des solutions décentes d’accueil même temporaire, mais notre système accepte que ces migrants – qui n’ont plus rien, si ce n’est l’espoir d’une vie meilleure – soient rackettés par la police de ce maigre « rien » !

En Belgique, le bourgmestre d’une commune est responsable des actions menées par la police de sa zone. La commune de Bruxelles vient de changer de bourgmestre à la suite des déviations véreuses du précédent. Le nouveau, Philippe Close, se dit pur, véritablement de gauche, etc. On peut en douter, et j’en doute. Mais enfin, il le dit. S’il le montrait, ce serait mieux ! Les jours qui viennent seront essentiels à cet égard.

En attendant, les migrants continuent à n’être considérés – spécialement par nos « pouvoirs publics » - que comme du bétail, des méchants dont l’objectif serait de ruiner nos pays, la peste de ce début de siècle… L’arrivée massive des migrants est un problème. Pas une crise, mais un problème. Auquel il faut trouver une solution. Acceptable pour tous et toutes, et surtout décente. Les migrants ne sont pas du bétail, des méchants, la peste… Ce sont juste des êtres humains. En détresse de surcroit. Ils devraient être considérés comme tels. En Belgique, à Bruxelles notamment, ils ne le sont pas. C’est inacceptable.