mardi 18 avril 2017

Ou choisir et assumer son vote ?

À la suite du référendum turc sur les pouvoirs de leur Président, et du soutien massif de la communauté turque belge, la question de la « double nationalité » ressort dans les débats, sans doute pour mieux nous faire oublier tout le reste. Question à la fois politiquement orientée et mal posée !

Question politiquement orientée : il s’agit avant tout de réagir à la menace du cosmopolitisme galopant, surtout s’il est un tantinet musulman. Tout le monde se fout pas mal de ceux qui sont à la fois Belges et Français, ou Italiens, ou Espagnols, etc. Les seuls qui posent problème sont comme par hasard les Belges qui sont aussi Turcs, ou Marocains, ou Algériens, etc. Ce sont ceux-là qu’il faudrait soi-disant obliger à choisir, alors même que certains n’ont pas le choix puisqu’ils ne peuvent pas, comme les Marocains par exemple, quitter leur nationalité d’origine. Cette double nationalité peut interroger. Mais pourquoi ne pose-t-elle vraiment problème que lorsqu’elle concerne une origine supposée musulmane ? Je ne veux pas être bisounours : l’islamisme violent existe et il faut tout faire pour s’en prémunir des dangers. Mais combien de fois faudra-t-il redire que ce n’est pas parce qu’on est musulman qu’on est un terroriste en puissance ?

Question mal posée : en quoi le fait de disposer d’une double nationalité pose-t-il problème ? L’existence de cette double nationalité ne me semble en soi poser aucune difficulté. Ce sont ses conséquences qui peuvent interpeller. Notamment le fait de pouvoir « voter » dans deux pays. Si les Belgo-Turcs n’avaient pas pu s’exprimer lors du référendum d’Erdogan, tout simplement parce qu’ils ne pourraient voter qu’en Belgique, la question de la double nationalité ne se poserait sans doute pas. Pas dans les mêmes termes en tout cas. La solution ne serait-elle donc pas d’amener toute personne concernée par une double nationalité à choisir la nation dans laquelle elle souhaite être considérée comme « électeur » ? Choix réversible bien entendu, dans le respect de certains délais pour éviter les girouettes électorales.

J’ignore totalement la faisabilité tant juridique qu’institutionnelle d’une telle proposition, mais elle me semble basée sur le bon sens même, dans le respect de chacun. On ne peut pas interdire à quelqu’un de se sentir appartenir à deux ou plus communautés selon son parcours personnel. Mais on ne peut pas non plus accepter pour autant qu’on puisse manger à tous les râteliers.

Dans ce domaine-là comme dans d’autres, plutôt que de vouloir passer son temps à interdire, ne peut-on pas simplement susciter auprès des gens de faire des choix positifs qu’ils assument pleinement ?

samedi 15 avril 2017

Qui dit quoi à qui ?

Quand j’étais instituteur, la chanson a toujours été au centre de la vie des différentes classes que j’ai eu la chance d’encadrer. Ce n’était pas chanter comme ça en passant. C’était avoir une véritable dynamique de chanson autour de l’apprentissage.

Déjà, quand j’étais stagiaire-étudiant en école normale, je me souviens avoir voulu faire mon stage de 6e année primaire (également « sixième » en France) dans une école traditionnelle alors que j’avais fait tous les autres stages dans des écoles en rénovation. Je voulais voir ce que c’était, sans oublier la chanson ! Je suis donc arrivé dans cette classe de l’Institut Saint-Jean Baptiste à Wavre où l’instituteur portait encore – on était en 1977 – le « cache-poussières », digne attribut du maître qui sait ! Il a été surpris quand je lui ai annoncé, en même temps qu’à ses élèves, que mon projet de stage était d’arriver à chanter tous ensemble et en rythme « La Tarentelle » d’Yves Duteil. Ces enfants n’avaient jamais chanté ensemble et l’entreprise n’était pas gagnée d’avance ! Je donnais donc mes leçons traditionnelles, dans le respect de ce que l’instituteur souhaitait, mais dès que j’avais une ou deux minutes à moi, je prenais ma guitare et on y allait « Vous avez appris la danse, danse, vous avez appris les pas, redonnez-moi la cadence, dence, et venez danser avec moi… ». À la fin du stage, tous les objectifs « matière » avaient été atteints… et en plus, ces enfants habitués à être « drillés » s’éclataient dans une belle interprétation collective de la Tarentelle. Toujours habillé de son cache-poussières, l’instit n’en revenait pas !

Devenu instituteur professionnel à mon tour, nous avons toujours chanté en classe. Quasiment tous les jours. C’était chaque fois un moment béni. Nous passions joyeusement du « Vieux Rampono » (chant traditionnel) à « Foutez-nous la paix » de Michel Fugain, en passant par « Il est interdit » ou « Le petit lapin » de Gaby Marchand… Vous ne connaissez pas ? Aucune importance. Mes élèves connaissaient et connaissent peut-être encore. Et on s’amusait bien.

On ne faisait pas que s’amuser. Chanter ensemble, c’est un travail progressif, collectif, inventif et instructif. Cela nous menait toujours plus loin, tant dans l’ambiance de la classe qu’au niveau des apprentissages : ceux-ci paraissaient plus légers, plus enchanteurs ! Nous avions aussi des récompenses : un jour, notre classe a participé à une émission de « Radio-Pirates » que la RTBF diffusait à l’époque tous les mercredis. Et nous avons pu chanter nos chansonnettes, dans la meilleure des humeurs !

Nous avons aussi participé, en 1989, avec les deux classes du Plateau Horizon (3e et 4e années), à l’émission de télévision « Nouba Nouba ». Celle-ci invitait chaque semaine deux écoles à venir chanter. La spécificité de notre prestation était que la chanson était entièrement créée par les enfants pour les paroles et par les deux instits, avec l’aide d’un parent, pour la musique. « Qui dit quoi à qui ? » reste un moment mémorable qui a permis de creuser les chemins de la communication. Je ne résiste par à la tentation de vous partager la vidéo de ce passage TV. La qualité technique est loin d’être au rendez-vous, mais l’ambiance y est. Et croyez-moi, derrière cette fête musicale télévisuelle, il y a des tas de moments uniques et intenses de partages musicaux qui font qu’une classe d’élèves atteint soudain une autre dimension.


NB : les plus avertis me reconnaîtront sur la photo !

samedi 8 avril 2017

L’arbre de vie

L’arbre de vie - Patrice de Schaetzen © 1996 – Photo : FMG©2016

Il y a juste un an, nous découvrions pour la première fois ce qui allait devenir notre nouvelle maison. On ne le savait pas encore à l’époque. C’était seulement la troisième maison que nous visitions, sans avoir de réel projet – du moins à court terme – de déménager. Mais voilà, la vie est ce qu’elle est. Sans y être véritablement préparés, nous nous sommes décidés, en deux jours. Cette fontaine de vie nous appelait à changer, après 30 ans de vie dans un autre paradis.

Nous y habitons maintenant depuis un peu plus de cinq mois. Pas un moment, nous n’avons regretté notre choix. C’est d’ailleurs étonnant la vitesse à laquelle on peut passer d’un « chez soi » à un autre « chez soi ». Et c’est très bien ainsi.

Je ne vous ferai pas visiter ici notre nouvelle demeure. Cela reste notre intimité. Nos amis y sont bien sûr les bienvenus, mais « pour vivre heureux, vivons cachés ». Sachez quand même que notre maison est fonctionnelle, originale, lumineuse, chaleureuse, calme, ouverte vers la vie.

C’est un vrai changement que nous avons choisi. Aujourd’hui, le déménagement est derrière nous, mais ce ne fut pas toujours une partie de plaisir ! Trente ans de vie, ça entraîne des milliers d’objets emmagasinés qu’il a fallu trier, jeter, donner, empaqueter, transporter, déballer, etc. Toutes les caisses ne sont d’ailleurs pas encore vides, mais c’est tout comme !

Le déplacement de tous ces objets n’est cependant pas l’opération la plus intense. La création d’un nouveau lieu de vie, la définition de nouveaux repères, la constitution de nouvelles bulles personnelles, l’ouverture vers de nouveaux horizons… Tout cela est bien plus complexe qu’un simple déménagement. Pour le moment, nous nous y retrouvons pleinement, en harmonie entre nous, avec nous-mêmes et avec notre nouveau cadre de vie.

Jamais, je n’aurais imaginé cela il y a un an, alors que nous visitions simplement une maison parmi d’autres. Dès le départ, elle avait quand même une spécificité fondamentale : cet « Arbre de vie » dont le doux murmure aquatique me berce en ce moment-même !

mardi 21 mars 2017

Voter pour José Happart ?

Ainsi donc, José Happart a annoncé aujourd’hui qu’il se présentait à l’élection pour la présidence de la Fédération PS liégeoise ! Quand j’ai appris cette nouvelle, j’ai éclaté de rire ! Alors même que cette élection vise à « rénover » cette mouise apparue par le scandale Publifin, s’il y a bien quelqu’un qui personnifie les pratiques délirantes et corrompues du PS, c’est José Happart ! Bref, c’est sûrement une blague !

Ce n’en est pas une : Happart est vraiment candidat. Personnellement, je suis convaincu cependant que c’est une bonne blague que ses copains lui font : ils l’ont certainement persuadé qu’il devait se présenter, qu’il était l’homme providentiel, que des tas de militants allaient voter pour lui en remerciement de ses nombreux services rendus antérieurs et qu’il bénéficierait donc des mêmes émoluments que la mouvance Publifin-Nethys ! Il est évidemment trop tôt pour dire ce qu’il en sera, mais je suis vraiment curieux de voir quel score atteindra le zigoto !

Cela dit, une autre blague… tout à fait véridique : José Happart est le seul socialiste (et le seul homme d’ailleurs) pour lequel j’ai jamais voté dans des élections officielles belges !

Enfin, en l’occurrence, c’étaient les élections européennes de 1989. Je venais de rejoindre – pour 30 ans, mais ça je ne le savais pas encore – la Flandre ! Il y avait ces élections et je ne savais vraiment pas pour qui voter. Or, à cette époque, Happart était le porc-épic/hérisson symbole de la lutte des francophones en Flandre.

Bref, le jour du vote, je suis arrivé avec dans mes poches le matériel nécessaire. Sur le bulletin de vote, j’ai consciencieusement dessiné le cadre d’une nouvelle liste dans laquelle il n’y avait qu’un seul candidat : José Happart ! Le travail terminé, j’ai saisi le crayon rouge pour colorier le rond destiné à faire connaître mon vote.

Heureusement, la Flandre n’était pas encore passée au vote électronique ! J’ai donc pu exercer mon devoir électoral dans les meilleures conditions. Et, pour la petite histoire, José Happart fut élu, avec 308 117 voix de préférence, meilleur score pour le collège francophone. En réalité, 308 118 voix, mais…

Espérons quand même qu’il n’obtiendra pas autant de voix à la prochaine élection. Ce serait dommage pour ses amis… et pour la morale politique !

samedi 18 mars 2017

En voie de disparition


De plus en plus d’espèces sont en voie de disparition. Les perroquets… mais surtout le vison d'Europe, le lynx d'Espagne, le crocodile du Siam, l’addax, l’albatros des Galapagos, l’anguille d'Europe, le guépard asiatique, le gorille de l'Est, la panthère de Floride, le tigre de Sumatra, et bien sûr les abeilles. Sont aussi en voie de disparition la rougeole, les roux, les philanthropes, les chemins ruraux, les agriculteurs, les politiciens honnêtes. Ou encore certaines expressions, certaines langues (dont le wallon), certains métiers (dont le souffleur de verre scientifique), certains modèles de voiture, certaines pratiques ancestrales (dont l’écriture manuscrite), etc.

Faut-il s’en alarmer ? Oui, bien sûr. Il est toujours alarmant de voir quelque chose disparaître. Sauf bien sûr la rougeole. Mais pour le reste, on aimerait bien évidemment qu’elles demeurent en l’état, qu’elles soient immuables.

Pourtant, une des évidences de notre existence est la disparition. La seule certitude que nous pouvons avoir sur notre vie, c’est qu’elle finira, qu’elle disparaîtra. Peut-être pas « la vie ». Mais bien notre vie. On s’en ira, inévitablement, tout comme des milliards d’autres se sont barrés avant nous. C’est la vie.

C’est la vie d’avoir des espèces en voie de disparition. Oserais-je même écrire que la vie n’existe que parce qu’il y a disparition ? Depuis que la vie existe, au départ sous une forme plus qu’embryonnaire, il n’y a eu que des disparitions. Pour permettre d’autres naissances. C’est le principe même de l’évolution. Des espèces disparaissent pour être remplacées par d’autres, plus résistantes, plus perfectionnées, plus évoluées…

Quand on y pense, lutter contre l’extinction des espèces est une attitude « créationniste ». Cela revient à considérer que les choses qui existent viennent de rien et ne doivent leur existence qu’à elles-mêmes. Il n’y avait rien avant elles, et – si elles disparaissent – il n’y aura rien.

En écrivant cela, j’ai bien conscience que la disparition de certaines espèces n’est pas nécessairement un progrès. Par exemple, les abeilles. C’est vrai que l’écosystème est méchamment mis à mal par cette disparition plus que vraisemblablement liée à l’action de l’homme. C’est vrai, je n’en disconviens pas. Mais qu’y aura-t-il après ? Personne ne le sait. Il y a des milliers, pour ne pas dire des millions, d’espèces qui ont disparu avant les abeilles. Pour une suite heureuse ou malheureuse ? Qui peut le dire ?

Qu’on me comprenne bien : mon propos n’est pas de critiquer ceux qui se battent pour la protection des espèces – de tout ordre – en voie de disparition. Mais je ne peux m’empêcher de penser que la vie est la vie. Je suis en fait frappé de constater que ceux qui se disent « progressistes » sont souvent très « conservateurs » en ce qui concerne toutes ces choses qui évoluent et qui disparaissent pour renaître sous d’autres formes.

C’est sans doute une vue bien naïve, mais personnellement, j’ai « envie » de faire confiance à la vie… Tout ce qui doit disparaître doit disparaître. Pour la vie. Pas celle qu’on essaie de perdurer – « je t’aime pour la vie », dans une notion de durée - mais celle qu’on essaie de transfigurer – « je t’aime pour la vie », dans une perspective de dépassement…

jeudi 9 mars 2017

Éjecter les clowns

Une pétition circule actuellement pour demander au Parlement européen de suspendre le député polonais Janusz Korwin-Mikke, à la suite des propos haineux tenus le 1er mars 2017 à l'encontre des femmes et des migrants, et du salut nazi effectué en session le 7 juillet 2015. J’ai signé cette pétition, tout comme – à l’heure où j’écris – près de 800 000 autres personnes. Il faut le faire.

Il faut le faire, même si je ne suis pas sûr qu’une telle pétition aboutira. Non pas que le Parlement européen accepterait sans sourciller de tels propos ou gestes. Mais a-t-il vraiment le pouvoir d’exclure un député qui n’a fait qu’utiliser son droit à l’expression, avant tout dans un souci de provocation ? Tout au plus peut-on espérer que ce vil député soit une nouvelle fois interdit de siéger quelques jours.

Car enfin, ce gars – aussi stupide et dangereux soit-il – a été élu démocratiquement. Il est député européen parce que 67 928 Polonais ont voté pour lui lors des élections européennes de mai 2014. Lors de l’élection présidentielle de mai 2015, il fut classé 4e au premier tour, avec 486 084 voix, soit 3,26% des votes. Ce n’est pas rien quand même.

C’est surtout inquiétant ! Le véritable scandale n’est pas que Janusz Korwin-Mikke continue à lancer ses diatribes provocantes (qui l’ont quand même amené à fréquenter les prisons polonaises durant la période communiste). Finalement, il reste fidèle à lui-même, c’est-à-dire à sa propre turpitude !

Le véritable scandale, c’est qu’un tel personnage a été élu démocratiquement par des milliers de personnes qui se reconnaissent d’une manière ou d’une autre dans ses folies méprisantes.

Le véritable scandale, c’est que ce soutien populaire à un politicien abject n’est pas uniquement polonais. Que ce soit aux USA, en France, aux Pays-Bas, en Hongrie, en Belgique…, on voit bien l’émergence de plus en plus forte – y compris dans l’accès au pouvoir - d’une classe politique qui fonde sa force sur le populisme, la xénophobie, le mépris de l’autre, le nationalisme, l’islamophobie, l’homophobie, etc.

C’est de cela qu’il faudrait vraiment s’inquiéter. Oserais-je dire que Janusz Korwin-Mikke n’est qu’un clown dans la lignée de Donald Trump ou – plus près de chez nous – de Laurent Louis ? Ce ne sont pas ces clowns qui sont dangereux. Ceux qui le sont réellement, ce sont tous ceux – malheureusement de plus en plus nombreux – qui ne se rendent pas compte que ce ne sont que des clowns et qui dès lors leur font croire qu’ils sont dignes d’intérêt… et de pouvoir !

jeudi 2 mars 2017

40 jours sans viande… ou le Carême du 21e siècle ?

Après la « Tournée minérale » - ne pas boire d’alcool pendant le mois de février -, voici donc les « 40 jours sans viande » qui – comme par hasard – commencent le 1er mars, Mercredi des Cendres 2017. Ça va donc nous mener jusque Pâques. Exactement le Carême. Ou comment transformer un jeûne religieux en opération commerciale ! J’admire !

Mais je ne soutiens pas. Pas tellement parce qu’il faut soutenir nos producteurs de viande locaux. Bien sûr, le « Blanc-bleu-belge » est une petite merveille et ce serait dommage qu’il pâtisse de cette fièvre soi-disant « durable » !

En réalité, je suis convaincu qu’il faut manger moins de viande. Ça me semble tellement évident. Pour mille et une raisons, dont celles qui sont mises en avant par les promoteurs de cette action (qui est essentiellement flamande – environ 100 000 participants, dont 3000 wallons… mais ça ne change rien). À ma petite échelle, j’essaie depuis longtemps de manger du poisson au moins une fois par semaine (mais le poisson est également banni des promoteurs de la campagne), et aussi – une fois par semaine – de manger sans viande. Bref, des produits végétariens ou autres. Ce choix ne m’a jamais posé de vrai problème ! Bien au contraire.

De là à vivre 40 jours sans viande ! Alors que tout simplement, il y a des milliers de personnes qui aimeraient simplement, un jour, manger de la viande, ne fut-ce qu’un peu…

Bref, mon problème avec cette action « 40 jours sans viande » est avant tout social. Qui peut vraiment se permettre de participer à une telle action ? Il faut pour cela une bonne maîtrise de la gestion économique familiale et de l’équilibre nutritionnel. Ce n’est pas donné à tout le monde. De toute évidence, une très petite minorité.

Je crois qu’il serait beaucoup plus intéressant de mener une campagne pour que tous – y compris les classes sociales les plus défavorisées – soient à même de mieux gérer leur alimentation et leur budget. Sans ségrégation sociale ni connotation religieuse.

mercredi 15 février 2017

Juste un peu d’éthique…

Un peu partout dans le monde, en Belgique – des deux côtés linguistiques -, en France… et ailleurs, les « politiciens » traversent une crise profonde dont ils n’ont apparemment pour la plupart aucune conscience de l’immensité. Quand c’est possible – et je ne parle pas ici des nombreuses fois où c’est impossible – leur argument majeur semble être « mais il n’y a rien d’illégal ! ». Ils s’obstinent dans cet argument, sans se rendre compte que la question n’est plus du tout là. La seule chose qu’on attend de leur part n’est pas la légalité – qui est de l’ordre des conditions minimales – mais un minimum de sens éthique. Et là, on est loin du compte.

Nos « élus » – enfin, du moins beaucoup d’entre eux – ne semblent plus avoir aucun sens de la réalité. Eux qui, en tant qu’élus, gagnent déjà relativement bien leur vie – je veux dire par là qu’ils reçoivent pas mal d’argent tous les mois, sans affirmer pour autant que leur vie est gagnée, car là, j’ai quelques doutes – estiment tout à fait normal de toucher en plus des « jetons de présence », quand ce n’est pas plus que ça, pour les divers mandats qu’ils exercent du fait de leur statut d’élus. À aucun moment, ils ne semblent se rendre compte qu’il y a par ailleurs des tas de personnes qui exercent, non sans compétences ni disponibilités, des mandats non moins exigeants dans le monde associatif, voire même professionnel, et cela de manière totalement bénévole. Non, ce n’est pas parce qu’on fait partie d’un conseil d’administration qu’on bénéficie nécessairement de « jetons de présence » (ou plus). Non, ce n’est pas parce qu’on s’engage au service d’une cause qu’on en retire nécessairement du profit. Non, ce n’est pas parce qu’on exerce des mandats non rémunérés qu’on est moins compétent qu’un mandataire politique qui s’enrichit sur le compte de la collectivité. Non, ce n’est pas parce qu’on a été élu à un poste qu’on peut, de manière quasi automatique, profiter du système – fusse-t-il légal – pour se remplir les poches à travers une multitude de mandats ou par l’intermédiaire d’emplois qui n’ont de vrai que l’argent qu’ils rapportent.

Il est effrayant de voir que ces pratiques affolantes paraissent à la plupart de nos élus comme des évidences nécessaires à la qualité de l’exercice de leurs fonctions. Sans se rendre compte qu’ils baignent en pleine corruption et qu’ils ont perdu tout sens du service public.

Or, c’est la seule chose qu’on est en droit d’attendre de leur part : le sens du service public. Basé sur une réelle éthique politique. En partant de l’extrême-gauche à l’extrême-droite, il n’y a aucun parti qui oserait déclarer : « Vous savez, nous, la seule chose qui nous intéresse, c’est de nous en prendre plein les poches ». Et pourtant, la vraie réalité semble bien se trouver du côté de ce discours politiquement incorrect.

Tous les politiciens ne sont pas à mettre dans le même sac ! Bien au contraire ! Mais il y a quand même – malheureusement – de quoi se poser des questions sur la plupart d’entre eux ! Une seule solution : qu’ils nous apportent des réponses concrètes et éthiques. Est-ce encore possible ?

jeudi 9 février 2017

Je sais tout sur vous

Mon ami Facebook me propose quotidiennement de découvrir de nouveaux amis que « je pourrais connaître ». Le plus souvent, ce sont des amis de mes amis, et il est donc assez logique que le réseau social pousse à tisser des liens qui quelque part existent déjà, puisque tout le monde sait que les amis de mes amis sont mes amis. Mais il arrive aussi que les algorithmes du logiciel me proposent des noms n’ayant aucun rapport objectif avec moi, sauf que je les connais effectivement !

Ça arrive périodiquement, mais j’ai vraiment été frappé dernièrement pas trois propositions. Trois personnes que je connais, mais qui ne sont amis Facebook avec aucun des miens. Pour deux d’entre elles, il est vraisemblable qu’un de leurs amis soit ami d’un ami de mes amis. Ce ne serait en tout cas pas absurde. N’empêche, je me demande quand même comment Facebook peut faire le lien. À moins d’en connaître plus que ce qu’on ne veut bien croire et supposer.

Le cas de la troisième personne me semble encore plus stupéfiant. Il s’agit d’une personne vivant à Madagascar et avec laquelle j’ai travaillé – dans une collaboration assez active – entre 2004 et 2009. Une époque où Facebook commençait à exister, mais sans que j’y sois déjà inscrit. Comment les algorithmes de Facebook ont-ils pu faire le lien ? C’est un vrai mystère. Et c’est un mystère inquiétant, car on peut légitimement penser que la toile connaît de nous encore bien plus que ce qu’on ne veut bien laisser paraître ou croire !

dimanche 5 février 2017

Payer (cher) ce qu’on n’a pas consommé

Il y a un an, mon compteur électrique indiquait 86 553 kWh. Relevé il y a peu avec 85 666 kWh, j’attendais relativement serein ma facture de régularisation annuelle. Ma « consommation négative » était naturelle : la maison dispose de panneaux solaires et elle n’est plus habitée depuis fin octobre. Bref, je me disais que je ne devrais pas trop payer cette énergie que je n’ai pas consommée, mais c’était sans compter les évolutions des grilles tarifaires.

Pour dire les choses comme elles sont, je suis « victime » – comme bien d’autres – de l’explosion de la bulle photovoltaïque, non pas la bulle wallonne, mais la bulle flamande qui n’a rien à envier à l’autre.

On sait qu’il y a une dizaine d’années, les pouvoirs publics tant au niveau fédéral que régional ont été très généreux pour stimuler le développement de cette nouvelle source d’énergie. Investir dans des panneaux photovoltaïques était dès lors non seulement un geste écologique durable, mais aussi un excellent investissement.

Non seulement l’État belge me remboursait, à travers les impôts, 40% du montant investi, mais de plus la Région flamande me garantissait des certificats verts pendant 20 ans, soit – dans mon cas – 330 EUR pour tous les 1000 kWh produits, sans compter l’économie liée à la non-utilisation de l’énergie fournie par les producteurs d’électricité, à concurrence des kWh produits par mon installation (principe du compteur qui « tourne à l’envers »). Au bout du compte, un rendement plus qu’intéressant tout en contribuant à un monde plus écologique.

Le succès fut énorme et tous les pouvoirs publics se sont rapidement rendu compte que c’était intenable d’un point de vue budgétaire. L’État a donc supprimé le remboursement d’impôts pour les nouvelles installations. La Flandre a décidé une disparition progressive des certificats verts, tout en maintenant ses engagements. Mais le gouvernement flamand a pris et mis en œuvre des décisions régulatrices :
  • Taxe imposée à tout le monde pour résorber la dette liée aux certificats verts, (2 milliards d'EUR), soit pour une famille moyenne 100 EUR par an ;
  • Suppression de kWh gratuits précédemment offerts, soit pour une famille de 4 personnes, une perte de 80 EUR par an ;
  • Augmentation des coûts de distribution, imposée par le gestionnaire du réseau : approximativement 12 EUR par an pour un ménage moyen ;
  • Augmentation du taux de la TVA (de 6 à 21%), mesure prise par le gouvernement fédéral, avec un impact d’environ 100 EUR pour un ménage moyen ;
  • Tarif prosumer : cette taxe ne concerne que les ménages qui produisent de l'électricité qui doivent désormais contribuer à l'entretien du réseau. Elle dépend de la puissance de l'installation : pour une installation « moyenne » comme la mienne (5 kVA), elle se chiffre à 469 EUR par an.
Au terme de l’année, alors que mon installation a injecté dans le réseau 887 kWh (assez logiquement non rétribués), alors que ma consommation est donc nulle (pour ne pas dire négative), je me retrouve avec une addition finale de 608 EUR.

C’est à la fois beaucoup et peu à la fois. Cela diminue l’intérêt de l’investissement, sans supprimer entièrement le rendement. Durant cette année facturée, j’ai pu bénéficier de 4 certificats verts, soit 1320 EUR. Si on soustrait les 469 EUR du « tarif prosumer », il reste un surplus de 851 EUR, sans compter les kWh qui dans la réalité ont été consommés, mais ne sont pas facturés puisqu’ils ont été remplacés par ceux produits par l’installation.

L’installation date de juin 2011. Tout l’investissement est d’ores et déjà couvert. Elle fournira des certificats verts jusqu’en 2031, à raison d’environ 1155 EUR par an (soit 686 EUR si on retire le « tarif prosumer »), tout en limitant drastiquement le nombre de kWh consommés et donc à payer. Bref, malgré les restrictions, cela reste un rendement appréciable, surtout avec les taux d’intérêt actuels.

Je n’en profiterai pas puisque cette maison n’est désormais plus la mienne. Tant mieux pour les nouveaux propriétaires ! N’empêche, ça m’énerve quand même un peu de devoir payer six cents euros pour de l’électricité que je n’ai pas consommée, tout en sachant que je suis encore du bon côté : l’impact financier pour les ménages qui n’ont jamais même pu imaginer installer des panneaux photovoltaïques est important, et ça, c’est vraiment dur.

samedi 28 janvier 2017

Une demi-heure

FMG©2016

Parfois, je me surprends à faire des choses qui ne font pas pleinement partie de moi. Non pas qu’elles me soient étrangères, mais ce n’est pas vers elles que j’irais spontanément. Je les fais parce que, quelque part, elles sont aussi ma vie. Ou du moins qu’elles y ont leur place. Je la leur accorde, tout en sachant que ce n’est qu’une tolérance. Salutaire peut-être, mais tolérance néanmoins. Il en est ainsi de la marche.

J’ai l’âge que j’ai. Les artères. Les articulations. Les viscères. Tout ça a mon âge. Je ne me sens pas très vieux, mais il est vraisemblable que je suis désormais dans le dernier tiers de ma vie. C’est juste un constat. Pour moi, ça peut encore continuer au-delà. Pour autant que mes artères, mes articulations et mes viscères suivent le rythme. Elles ont toutes pourtant ces dernières années manifesté quelques signes de faiblesse. Pas de panique : je vais bien. Mais simplement, mes entrailles n’ont plus vingt ans. Bref, un jour, le médecin m’a dit : il faut marcher…

Alors, je marche. J’ai eu du mal à m’y lancer avant de déménager. Il y avait des raisons objectives, mais elles n’étaient sans doute que des « faits alternatifs ». La vérité est que je remettais ça à plus tard… Moi, marcher, inutile d’y penser puisqu’il n’y avait pas de raison, de but à atteindre ! N’empêche, je savais bien qu’il le fallait. Alors, je me suis dit : « quand j’aurai déménagé ».

J’ai déménagé. Dès le lendemain, je partais en balade. Pas très longue. Le médecin m’avait dit : « une demi-heure ». J’ai donc marché une demi-heure. Aujourd’hui, je marche toujours une demi-heure. Seules la distance et la vitesse ont évolué. Ça, c’est tout à fait moi ! Quelque part, je me suis toujours senti un compétiteur, admiré par les foules, même si elles ne sont qu’imaginaires. Mais pour être admiré, il faut quand même avoir de quoi. Depuis toujours, c’est le désir d’une certaine vitesse. Non pas celle qui permet d’être le plus rapide du monde. Je sais où est ma place. Non, simplement, celle d’être le plus rapide de mon univers mental ! Il se limite en fait – sans doute, comme chacun d’entre nous – à une seule personne : moi. Alors, j’essaie d’être plus « rapide » que moi. Tout simplement. Sans aucune raison. Sans aucune récompense. Mais sans obsession non plus. Finalement, l’important, c’est – banalement – de marcher une demi-heure.

C’est ainsi que j’ai découvert ce que j’appelle la « marche rapide », sans savoir si je rentre dans les mesures de ce concept. Je sais que mes sorties quasi quotidiennes se déroulent désormais à un rythme un peu supérieur à 6 km/heure. Aucun exploit dans ce chiffre. Juste la satisfaction de me dépasser, moi qui ne suis définitivement pas marcheur.

Où cela me mènera-t-il ? Je n’en sais rien. Je sais seulement que, même si cela ne me correspond vraiment pas, j’y prends un certain plaisir, auquel j’aspire. Quand, en fin d’une journée, comme aujourd’hui par exemple, je me rends compte que je n’ai pas trouvé le moment ou l’énergie d’aller faire cette balade, je le regrette. Je me dis que je suis passé à côté de quelque chose. À côté, simplement, d’une demi-heure de marche. Et ça me manque.

dimanche 22 janvier 2017

Tout est interprétation

Isabelle Marchal © 2017

Depuis ce samedi 22 janvier, une nouvelle fresque soudaine est apparue à Bruxelles. Quand on voit l’ampleur et la qualité du travail, on peut douter évidemment qu’elle soit si soudaine que ça, mais la question n’est pas là. La question est de savoir si cette œuvre est une incitation à la violence, comme l’a déclaré très rapidement le bourgmestre de Bruxelles, Yvan Mayeur.

Effectivement, une première lecture de la fresque voit une main s’apprêtant à égorger un être humain. C’est violent, de toute évidence. Mais un deuxième regard permet aussi de voir une autre main, qui retient la main assassine. Alors, laquelle de ces deux mains est la plus importante ?

Pour répondre  à cette question, il faut resituer l’œuvre dans un contexte plus large. Elle n’est en fait qu’une adaptation d’un fragment d’un tableau célèbre dû aux pinceaux de Michelangelo Merisi da Caravaggio, en français Caravage ou le Caravage (1571-1610) : Le sacrifice d’Isaac.

Ce tableau s’inspire d’un récit de la Genèse (22, 9-12) : Dieu a enjoint Abraham de sacrifier son fils Isaac. Abraham s’apprête à obéir, mais un ange intervient pour arrêter le geste fatal. Cet épisode est commun aux trois religions dites « du Livre » : le judaïsme, le christianisme et l’islam. Sa signification est limpide : Dieu s’oppose à tout sacrifice humain.

Loin d’être une incitation à la violence, ce tableau témoigne avant tout de l’absurdité de l’idée que « Dieu, Allah, YHWH » puisse attendre de ses fans une quelconque mort violente faite en son nom.

Que la nouvelle fresque sauvage bruxelloise soit provocatrice, c’est l’évidence-même. On y voit sans doute plus la lame du couteau que la main qui l’empêche de trancher. Mais une fois resituée dans son cadre artistique et religieux, elle est plus un symbole de paix qui s’adresse aux partisans des trois religions monothéistes, et surtout aux plus acharnés d’entre eux, de quelque bord qu’ils soient.

Impossible de dire ce qu’il adviendra de cette œuvre de rue. Il est fort possible qu’Yvan Mayeur, peu connu pour ses remises en question personnelles, décide de la détruire ou de l’occulter. Ce serait une nouvelle fois refuser la main tendue.

vendredi 16 décembre 2016

Forces de la vie

L’arbre de vie - Patrice de Schaetzen © 1996 – Photo : FMG © 2016

La chute m’a permis d’approcher de près des forces de vie aussi banales qu’extraordinaires. On ne les perçoit pas toujours, mais elles nous permettent d’aller au-delà de notre insignifiance fondamentale. Ce sont ces événements impromptus qui en font sortir toute l’énergie et les libèrent de leur vacuité ordinaire.

La première force de vie est la nôtre. Mon scooter ayant décidé de voguer sans moi, ma fesse a valsé sur la route, agissant tel un ressort qui m’a fait me retourner sur moi-même avant de me momifier ventre à terre et tête sur le fossé. C’est là que la première force de vie intervient. Je me suis relevé instantanément. Je n’ai pas cherché à savoir si j’avais mal quelque part. Je savais que j’étais seul, perdu sur une route perdue. Il fallait que je me sauve de là. J’ai relevé, sans aucune difficulté, les 200 kg de ma moto couchée. Je suis reparti sans me poser de question, avec un seul objectif : revenir chez moi vivant. C’était long, il faisait froid, mais je ne tremblais pas. Je n’avais pas d’autre solution. Je suis arrivé. J’ai fait ce qu’il fallait : garer la moto, nettoyer mes plaies visibles, prévenir ma femme, me reposer, décider d’écrire et de publier un billet anniversaire de manière anticipée… Pendant tout ce temps, je n’ai pas douté un seul instant. J’étais seul et j’assumais, porté par cette force interne. Avec le recul, c’était extraordinaire.

La deuxième force de vie est celle de ceux qu’on aime et qui nous aiment. En quelque sorte, je l’ai vécue « en négatif ». Quand j’ai retrouvé ma femme, trois heures après la chute, quasi instantanément, je me suis senti partir. Je pouvais lâcher la vanne, me laisser aller enfin à ma souffrance. Il n’était plus question de devoir tenir le coup artificiellement. Je pouvais enfin être pleinement moi-même, c’est-à-dire plus grand chose ! Ce n’était pas une défaite. En fait, c’était surtout une libération. Ma force interne avait fait ce qu’elle devait, elle pouvait donner le relais à la force externe, celle de celle qui m’aime, et je pouvais m’abandonner. Ce ne fut pas facile pour celle qui m’accompagne depuis 33 ans et qui a bien cru me voir partir définitivement. Grâce à elle, je l’accompagnerai encore quelques années. Sa force m’a sauvé.

La troisième force est celle de toutes ces personnes qui ont choisi de sauver celles qui sont – provisoirement ou non – en détresse. Entre le coup de fil aux services d’urgence, suivi de mes déclarations futiles et absurdes de l’inutilité de toute ambulance, il ne s’est pas passé beaucoup de temps. Juste quelques minutes. Lorsque l’équipe est entrée dans mon bureau où je gisais, maintenu éveillé par ma femme, j’ai immédiatement reconnu une voix, celle de mon ami Olivier. Je ne l’avais plus vu depuis un certain temps, mais je savais qu’il était désormais pompier-secouriste. Entendre sa voix, la reconnaître instantanément, m’a transmis miraculeusement cette troisième force. Cette fois, je n’étais vraiment plus seul : des personnes compétentes, volontaires et dévouées, me prenaient en charge. Je n’ai pas compris tout ce qui s’est passé alors. Mais à aucun moment, je n’ai douté. Je savais qu’on s’occupait de moi. J’ai senti en permanence la sollicitude, la gentillesse et la compétence de toutes les personnes qui sont intervenues. Elles me prodiguaient des soins avant tout physiques, mais en réalité, elles étaient surtout en train de regonfler la première force de vie : la mienne !

C’est sur celle-ci que je dois compter maintenant pour me reconstruire. Ça ira. Finalement, tout cela aurait pu être bien pire et je remercie la vie de m’avoir laissé ses forces. On n’en profite jamais assez.

PS : Ce n’est qu’après avoir écrit ce billet que je me rends compte que Martin Gray a écrit en son temps « Les forces de la vie ». Ce n’est pas un plagiat, mais mon billet n’est qu’une petite illustration de tout ce que Martin Gray a pu vivre et écrire.

mardi 13 décembre 2016

La chute

Voilà 12 ans que je roule en scooter. Pour mon plus grand bonheur. Je ne suis pas vraiment un motard, mais en optant pour ce type de véhicule, j’ai limité à leur strict minimum les files pour me rendre à Bruxelles et y circuler. Depuis que je suis pensionné, il faut bien reconnaître que je n’y allais plus très souvent et que j’ai délaissé naturellement et petit à petit mon scooter, au point d’envisager sérieusement de le revendre. Puis, il y eut le 12 décembre 2016.

C’était mon anniversaire. Depuis quelques jours, j’avais remarqué que mon scooter ne démarrait plus, la batterie n’étant pas suffisamment rechargée. Je ne sais pas pourquoi - signe du destin ? -, mais quelques tentatives de pallier ce déficit n’avaient pas fonctionné. Ayant relancé une nouvelle recharge dimanche soir, celle-ci semblait enfin produire ses effets. Lorsque je remis la batterie, démarrage au premier coup de démarreur. Il me restait à rouler quelques kilomètres pour parfaire la charge. Je suis donc parti en allant vers mon garagiste. Mon objectif était clairement d’aborder avec lui les différentes possibilités de revente. Pas de chance : il était fermé !

Je me décidai alors à rentrer par l’autoroute, tout en changeant d’avis à la dernière seconde : je rentrerais par de plus petites routes pour découvrir la région. Elle est très jolie et je suis passé par des coins charmants. Mais je dois bien avouer que je me suis rapidement perdu, ne sachant plus du tout où j’étais. Je ne m’inquiétais pas trop, car je savais intuitivement la direction à prendre.

Je finis par arriver sur une toute petite route en béton, traversant les champs. Très jolie. Je vis au loin que cette petite route rejoignait une route nationale et je me disais que je retrouverais ainsi sans problème mon chemin. Il faisait beau, plein soleil. La route était toute droite. Je n’avançais pas très vite. Mais il y eut une plaque de boue et je sentis instantanément ma roue avant se dérober. Impossible de faire quoi que ce soit : ce fut la chute ! Ma moto valsa de son côté, et moi du mien. Je pus me relever immédiatement, choqué, mais debout. J’ai ramassé mes esprits, ramassé la moto, ramassé tous les objets qui s’étaient échappés du coffre. Et je suis reparti. J’étais rempli de boue, tout comme la moto. Un côté du guidon était en déglingue. Mais je suis reparti. Il le fallait : il n’y avait absolument personne sur cette petite route. Je n’avais de plus pas mon téléphone avec moi et quand bien même je l’aurais eu, je n’avais aucune idée d’où j’étais !

J’ai roulé jusqu’à la maison, comme un automate. J’avais froid, mais j’ai parcouru sans problème et prudemment la bonne trentaine de kilomètres nécessaires.

Arrivé, j’ai garé ma moto, enlevé mon pantalon déchiré, nettoyé de petites plaies aux jambes. Je me suis reposé un peu sans dormir pour autant. Je suis redescendu dans mon bureau pour y écrire, avec un peu d’avance, mon 800e billet célébrant les 10 ans de mon blog. Et j’ai commencé à écrire celui-ci : la chute… Tout allait bien.

C’est à ce moment-là que mon épouse préférée est rentrée. Je me suis levé pour l’accueillir, j’ai senti que j’avais un gonflement dans le bas du dos, j’ai surtout senti tout tourner autour de moi… et ce fut la chute, la deuxième ! Heureusement amortie. J’ai repris connaissance quelques instants plus tard, pour entendre la fin d’une communication téléphonique où l’on parlait d’ambulance. J’ai eu beau dire que ce n’était pas nécessaire, celle-ci est arrivée très vite. J’ai tout de suite reconnu le chef de l’équipe : Olivier, un vieil ami. Sa présence m’a rassuré.

Je vous passe les détails qui ont suivi. Transport à la clinique, accueil aux urgences, longue attente d’examens, ceux-ci se révélant globalement rassurants. Mais l’hématome sur ma fesse était d’une telle ampleur qu’ils ont préféré me garder en vue d’autres examens le lendemain. Ceux-ci sont rassurants aussi, même s’il me faudra un certain temps avant de pouvoir refaire mes promenades pédestres quotidiennes.

Il me faudra encore plus de temps pour remonter sur une moto : pour moi, c’est clair, c’est fini. Je m’en veux terriblement d’avoir fait cette chute juste au moment où je me préparais à revendre mon scooter et à en terminer avec cette belle histoire. Ce fut vraiment la dernière sortie de trop.

Pour terminer ce billet, il me faut… une chute, la troisième ! Elle n’est pas trop difficile, mais elle se fonde sur un paradoxe. Il est curieux de voir que – le jour de mon anniversaire – j’ai pris d’un coup quelques années de vieux… tout en me conduisant comme un gamin !

PS : la photo en illustration n’est qu’une illustration. Ce n’est pas ma moto. La mienne est moins amochée. Mais ça y ressemble quand même…

lundi 12 décembre 2016

Dix rives et huit cents dérives

L’objectif était de publier un tel billet le 23 décembre, pour fêter les 10 ans d’existence de ce blog Réverbères. Cela m’aurait permis en même temps de célébrer son 800e billet ! Mais voilà, la vie réserve parfois des surprises et je décide finalement de le publier le jour de mon anniversaire. C’est moins romantique, mais pas plus mal.

Ainsi donc, il y a (bientôt) 10 ans, je commençais ce blog, avec un court billet intitulé Rives et dérives. Je ne savais pas très bien où j’allais et doutais encore plus de l’intérêt de se lancer dans une telle aventure. Comme si j’avais vraiment quelque chose à dire, à apporter à la sphère numérique ! Dix ans plus tard, je continue à douter, mais je constate ces huit cents billets ! Ce n’est quand même pas rien.

Ils n’ont bien sûr pas tous la même valeur. Certains même n’ont aucun intérêt. Mais il en est également que j’apprécie avoir écrits. Toujours avec le même esprit : apporter un peu de lumière, aider à regarder au-delà des évidences, même quand elles sont moins lumineuses et qu’il est donc important de les illuminer un peu. Je n’y suis pas toujours arrivé, j’espère quelques fois ! J’espère aussi de ne pas avoir été ici un donneur de leçons. C’est une tendance que j’ai, je le sais bien. Mais vraiment, ce n’a jamais été un objectif. Juste une dérive si ça été le cas.

La lumière est donnée principalement par le fond des sujets que j’ai pu aborder. Mais la forme a toujours été un souci constant. Non seulement écrire, mais bien écrire. Essayer du moins. Ce n’est pas à moi d’en juger la réussite.

Le rythme des publications n’est plus celui qu’il fut. Mais 800 billets en 10 ans, cela fait 80 billets par an, soit un tous les 4 ou 5 jours. Ce n’est pas mal, je trouve. J’ai essayé – sans toujours y parvenir – de ne pas me répéter, de ne pas redire la même chose lorsque j’abordais un sujet déjà traité. Pas simple…

Il y aurait de quoi relire tout ça, de réorganiser, de retravailler, d’articuler… Cela viendra peut-être un jour et pourrait prendre une forme plus physique que numérique. C’est une possibilité, mais je n’y crois pas trop. Même si tous ces mots sont encore directement et mondialement accessibles, grâce à la magie numérique, ils n’ont sans doute le charme que de l’instant présent, déjà passé, toujours à refaire. Simplement, quand un regard nous saisit, ne le laissons-nous pas nous transpercer, sans qu'il y ait moyen de le retenir ou de nous dépasser ?